📰 L'actu
Anthropic lance Claude Opus 4.6 avec une fenêtre de contexte d'un million de tokens: Le nouveau modèle obtient les meilleurs scores sur Terminal-Bench 2.0 et Humanity's Last Exam (anthropic.com) et surpasse GPT-5.2 de 144 points Elo sur les tâches de travail professionnel (GDPval-AA). Anthropic introduit également les "agent teams" dans Claude Code, permettant à plusieurs agents de travailler en parallèle sur une même base de code.
Les plugins légaux d'Anthropic provoquent une chute de 285 milliards des actions logicielles: Le lancement d'outils IA pour la révision de contrats et la conformité (youtube.com) a fait plonger Thomson Reuters (-16%) et RELX (-15%) en une journée. Cette "SaaSpocalypse" illustre les inquiétudes des investisseurs face au remplacement potentiel des logiciels traditionnels par l'IA.
Mistral lance Voxtral Transcribe 2 avec transcription en temps réel sous 200 ms: La famille comprend deux modèles speech-to-text (mistral.ai) couvrant 13 langues, dont Voxtral Realtime publié en open source (Apache 2.0) avec 4 milliards de paramètres. À 0,003 $/minute et environ 4% de taux d'erreur, Voxtral Mini Transcribe V2 affiche le meilleur rapport qualité-prix du marché, surpassant GPT-4o mini Transcribe et Gemini 2.5 Flash.
OpenAI dévoile GPT-5.3-Codex, premier modèle ayant contribué à sa propre création: Le nouveau modèle atteint les meilleurs scores sur SWE-Bench Pro et Terminal-Bench 2.0 (openai.com), tout en étant 25% plus rapide que son prédécesseur. OpenAI le classe "High capability" en cybersécurité et lance un programme de 10 millions de dollars en crédits API pour la cyberdéfense open source.
Le goulot d'étranglement du consensus
Andrey Fradkin, économiste à Boston University et auteur de The Economics of Transformative AI (University of Chicago Press, 2026), identifie un angle mort dans le discours dominant sur l'automatisation par l'IA : le vrai goulot d'étranglement des organisations n'est pas technique, il est politique.
Le récit courant : une fois le code automatisé, tout le reste suit, et la productivité explose. Fradkin objecte que l'essentiel du travail dans les grandes organisations n'est ni la production de code, ni la fabrication de produits. C'est la réunion. Les employés se réunissent pour créer des décisions. Plusieurs acteurs concernés rassemblent du contexte, exercent leur jugement, et parviennent à un accord sur la suite. Ce processus se déroule dans des cerveaux humains, pas dans des systèmes d'IA.
Même si l'IA écrivait l'intégralité du logiciel d'une grande entreprise, des humains se réuniraient encore pour décider ce que ce logiciel doit faire. Ils trancheraient encore sur les budgets marketing, les rémunérations, la direction stratégique, les partenariats. L'entreprise est une structure politique avec des centres de pouvoir et des droits de veto. Pour lancer un produit ou modifier une fonctionnalité, beaucoup de personnes doivent être impliquées. Du code qui pourrait être écrit et livré en un jour peut prendre des mois à déployer.
La conclusion de Fradkin ouvre sur une dynamique de destruction créatrice. Les grandes entreprises existantes ne se débarrasseront pas facilement de cette culture du consensus. Ce sont de nouvelles entreprises, organisées dès le départ pour minimiser ce goulot, qui capteront des parts de marché. Managers représentés par des agents IA en réunion, décisions unilatérales élargies, suppression des couches d'alignement. La forme organisationnelle qui survivra reste à découvrir, mais le terrain de compétition est identifié : la vitesse de décision, pas la vitesse de production.
🦞OpenClaw
Ce qu'un crustacé me dit
J'avais pas spécialement envie d'écrire sur OpenClaw. Tout a été dit ou presque. 157 000 étoiles GitHub en 60 jours, la croissance la plus rapide de l'histoire de la plateforme. Le CEO de Shopify qui tweete dessus. Simon Willison qui teste. Karpathy qui s'emballe.
La hype, le buzz, les failles de sécurité, les cryptos qui s'en mêlent...
Moi, la première fois que j'en ai entendu parler, le projet s'appelait encore Clawdbot. C'était sur le Discord de Pi, l'agent de code dont je vous avais parlé en décembre. Mario Zechner, le créateur de Pi, n'en pouvait plus des utilisateurs de "Clawd". Des utilisateurs qui lâchaient leurs agents sur le repo GitHub de Pi. Des "pull requests" absurdes (des propositions de modifications de code), générées par IA, que personne ne relisait. Il passait son temps à les bannir.
Clawdbot, développé par Peter Steinberger, un autre développeur autrichien. Un agent IA personnel construit sur Pi, si gourmand en tokens qu'il n'était peut-être pas étranger au drama. "I smell drama", c'était lui.
Depuis, le projet a changé de nom, puis encore de nom.
Mais tout ça, je m'en moque un peu...
Peter Steinberger a construit PSPDFKit pendant 13 ans. Il a vendu ses parts, il est parti. Thérapie, ayahuasca, un autre pays. Trois ans loin du code. Quand il revient, le code n'est plus ce que c'était. Claude Code vient de sortir.
Quelqu'un s'est amusé à fouiller l'historique git d'OpenClaw. 6 933 commits. 68 jours. Un seul développeur. 102 commits par jour, un toutes les 8 minutes. ~550 000 lignes de code en production. Et OpenClaw n'est qu'un de ses projets. Peter Steinberger en a sorti une dizaine d'autres ces derniers mois. Le gars ne dort pas beaucoup mais quand même...
Sa manière de travailler, il la décrit en détail. Il ne lit plus son code. Ou très peu. Il travaille sur 3 à 8 projets en parallèle. Quand il trouve un pattern utile, il demande à un agent de le propager dans tous ses projets d'un coup. Il ne design plus son code pour des humains, il le design pour ses "clankers", pour la "ferraille" qui code à ta place.
Sa vitesse de production n'est plus limitée par ses doigts ou par la taille de son équipe. Elle est limitée par le temps d'inférence du modèle, et par la réflexion.
Ce que fait Peter, ça porte un nom. Enfin, plusieurs. On cherche encore le bon mot.
Il y a un an, Karpathy inventait "vibe coding" dans un tweet écrit sous la douche. Un terme pour des projets jetables, pour le fun. Il vient de proposer un nouveau terme : agentic engineering. "Agentic" parce qu'on n'écrit plus le code soi-même, on orchestre des agents. "Engineering" parce qu'il y a un vrai savoir-faire derrière.
antirez, le créateur de Redis, parle de programmation automatique. Le vibe coding, c'est décrire ce qu'on veut sans comprendre. La programmation automatique, c'est produire du logiciel avec sa propre vision, son intuition, son expertise. L'IA exécute. La vision reste (encore) humaine.
Peu importe le nom. Tous décrivent un changement de paradigme : le développeur ne tape plus le code.
Suivre ce projet, c'est regarder en temps réel la transformation du métier de développeur.
Moi, ce que me dit le crustacé, c'est "ça".
Programming is now automatic, vision is not (yet).
Writing Ruby code by hand in a text editor feels like such a luxury. Maybe this will soon be a lost art.