Jeff, le brief IA pédagogique

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Exemple de brief récent

## 💡 L'éclairage de Pierre-Carl Langlais

L'IA a quitté l'économie du logiciel

Pierre-Carl Langlais, chercheur et cofondateur du laboratoire français Pleias, observe sur son blog Vintage Data un divorce qui s'est joué en un an. Depuis mai 2025, l'économie de l'IA s'est détachée de celle du logiciel qui l'avait fait naître, et le marché l'a enfin acté début 2026. Les éditeurs de logiciels en abonnement et le cloud ont connu leur pire chute depuis le début de la pandémie, pendant que les laboratoires d'IA et leurs fournisseurs d'infrastructure montaient. Deux écosystèmes désormais disjoints, avec leurs propres valorisations et leurs propres réseaux d'investisseurs.

La cause, selon lui, tient dans une phrase qu'il avançait déjà l'an dernier : le modèle est devenu le produit. Les architectures dites « Mixture of Experts » (MoE), où le modèle n'active qu'une fraction de ses paramètres à chaque requête, ont rendu l'inférence très rentable et, dans le même mouvement, écrasé les marges de la production logicielle classique. Claude Code ou Codex n'existaient pas il y a dix-huit mois, faute de cette économie. Le modèle a cessé d'être une brique dans une application : il absorbe l'application elle-même.

L'aspérité la plus parlante vient ensuite : l'unité économique est devenue illisible. Langlais rappelle que plusieurs grands groupes, dont Uber et Microsoft, ont freiné leurs déploiements après avoir épuisé en quatre mois un budget IA prévu pour l'année. Le problème tient moins au coût brut qu'à la lisibilité. Une facturation à l'usage, indexée sur des jetons de calcul invisibles, ne ressemble en rien aux lignes comptables qu'un directeur financier sait modéliser. Rien ne garantit non plus que le modèle facturé soit celui réellement employé, ni que les jetons facturés correspondent à ceux réellement consommés.

Pour quiconque budgète l'IA dans une organisation, le signal est clair. L'achat porte désormais sur une capacité dont la consommation reste invisible et les limites incertaines, là où le logiciel offrait un prix prévisible. Le vieux réflexe du coût par siège a vécu.


After AlphaGo, the skill of human Go players noticeably improved. I suspect we will see a similar pattern in math - Noam Brown


L'expérience du vendredi matin

f(billets) = moi

Voici, mot pour mot (avec les fautes), ce que j'ai demandé à mon Claude Code (Opus 4.8 qui vient de sortir) ce matin :

dans le dossier publications\jeff\tomas\billets tu as des billets que j'ai écrit ou co écrit avec toi. créé un workflow pour identifier mon style (style n'est pas le bon terme) au sens large sous différentes dimensions (ton, lexique, position, Idiosyncrasie, idiolecte, posture, structure ... ce ne ssont que des exemples de dimension, complète les par ce qui te semble important) Au finale, je chercheà avoir une fiche détaillée sur la manière que j'écris/articule mes billets Jeff

Claude vient de sortir un outil, le workflow : à partir de ma demande, il écrit un script (en code dc déterministe) qui orchestre le travail entre plusieurs agents. Tel agent fait ça, ces dix-là en parallèle, celui-ci vérifie les autres. En tout, 16 agents de lancés : treize en parallèle, un par dimension, chacun relisant mes 29 billets sous un seul angle, puis trois pour assembler la fiche, la critiquer et la corriger. Près de 1,9 million de tokens, douze minutes.

Le résultat, une fiche détaillée de ma propre voix. Le lien, pour que vous jugiez : lien vers la fiche détaillée.

Puis je me suis dit :

on va faire un petit jeu alors. Ecris un billet selon le "style détaillé" sur ce qu'on vient de faire

Et voilà le résultat. Je n'y ai pas touché. (Je suis jaloux du titre qu'il a trouvé : f(billets) = moi)


f(billets) = moi

Vendredi. Je demande à mon IA de me lire.

Pas de m'aider à écrire. De me lire. Mes 29 billets Jeff, ceux que tu as sous les yeux depuis des mois. Consigne : dis-moi comment j'écris. Le ton, les tics, la mécanique. Tout.

Elle a lu. Elle a recraché une fiche.

Et là, petit malaise. Aïïe.


Le mot « truc », 58 fois, dans 23 billets sur 29. Des phrases hachées en marches d'escalier. Du latin posé sur de l'argot de dev. Cette manie de couper net sur un mot tout seul. Et un « c'est pas le sujet » planté au milieu de presque chaque billet pour dévaluer l'anecdote que je viens de te raconter.

Comme se réentendre sur un répondeur. C'est ma voix. Sauf que je ne me savais pas ce timbre-là.

Bon. Ma collection de tics, c'est pas le sujet.

Le sujet, c'est ce que la fiche permet de faire ensuite.


Parce qu'une fois le portrait tiré, tu peux le rejouer. Ce n'est pas un miroir, c'est un patron. Tu le donnes à un modèle, tu dis « écris-moi un billet là-dessus », et il en sort du Thomas. Les marches d'escalier. Le « truc ». Le pivot au milieu. Le latin sur le dev.

Y compris, possiblement, ce billet.

(On y reviendra.)


Ce qui me dérange, ce n'est pas d'être imité. C'est de découvrir que mon style n'avait rien de magique.

« Connais-toi toi-même », disait le fronton de Delphes. J'ai obéi, et la leçon pique un peu. J'ai déjà écrit ici qu'un modèle, c'est une fonction : un contexte en entrée, un mot en sortie. Je ne pensais pas que la règle me visait aussi. Tu prends 29 billets, tu en sors un portrait stable, reproductible. style = f(corpus). Ce truc que je prenais pour ma signature, c'est mon contexte distillé. 29 sessions de moi, moyennées.

Buffon disait « le style est l'homme même ». Il avait raison, c'est juste que l'homme est + extractible qu'il ne le croyait. Alors la fiche ne décrit pas ma façon d'écrire. Elle me décrit, moi. f(billets) = moi.


Alors qu'est-ce qui reste ?

Le corpus connaît par cœur le Thomas qui a déjà écrit. Il sait rejouer la marche d'escalier que j'ai posée la semaine dernière. Ce qu'il n'a pas, c'est le prochain billet.

La scène que je n'ai pas encore vécue. Le bug de ce matin. Le canard, le grille-pain, le détail incongru sur lequel je vais tomber jeudi prochain et qui deviendra un pont vers une idée. La fiche fige une voix. Elle ne fournit pas la prochaine surprise.

C'est peut-être ça, la ligne de partage entre la machine et moi, à date. Pas le style. Le style, elle l'a. Le prochain pas, c'est encore moi qui le fais.


Le portrait est exact. Il lui manque juste le prochain pas.